Le bonheur

Ma fille, j’ai tenté de t’apprendre ce qu’était le « bonheur ».

Pour moi, c’était une famille unie et soudée, dans le bonheur comme dans le malheur et à la limite du « jusqu’à ce que la mort vous sépare ». Mais avant de mourir, encore faudrait-il penser à vivre.

A vivre pour de vrai, à te faire respirer l’air frais des montagnes, à sentir l’eau chatouillé tes pieds, à te faire rire aux éclats « pour de vrai » et pas juste pour des photos souvenirs. A remplir mes poches de cailloux, à t’entendre raconter qui sont tes « poupains » et tes « poupines ».

Je n’ai compris tout ça qu’après. Parce que pour moi, le bonheur c’était cette famille d’apparence si tranquille. Parce que je pensais que ton bonheur serais d’avoir tes parents pour toi, ensemble. Alors j’ai occulté ma vie, ma personnalité, mes envies. J’ai remisé de côté mes aspirations personnelles et professionnelles et je me suis consacré à cette famille.

Jusqu’à comprendre mon erreur. Plus je m’oubliais, moins j’avais envie de prendre du temps pour toi. Moins je désirais t’écouter chanter, t’entendre rire ou discuter. C’était un cercle vicieux où tu ne demandais que ça et où je refusais tout en bloc.

J’étais devenue qu’une ombre, je répétais les gestes inlassablement, persuadé d’être dans le bon « truc ». Mais voyons Marine, c’est pour tout le monde pareil. Voilà ce que ma conscience me disait. Alors j’ai serrais les dents et ai attendu que le bonheur frappe à la porte de notre maison. Que quelque chose se décide à bouger quelque part.

Et puis finalement, c’est quelqu’un qui a décidé de bouger. Une apparition dans ma vie, un travail épanouissant, le tout ponctué par une fraicheur de vivre à 10 000%. Je venais de comprendre que tout ce temps avait été un temps perdu. Voué à une très juste cause mais dont l’objet aura fini par aboutir à un résultat passable.

J’ai redécouvert le bonheur de t’entendre rire, de discuter avec toi des heures. De prendre mon temps le matin même si je répète « qu’on va être en retard ». J’ai redécouvert le bonheur de te voir jouer, de t’écouter dormir. Le bonheur  de ton visage lorsque je te dis que oui tu peux aller caresser les animaux / mettre tes pieds dans l’eau / prendre un bain / faire des photos … J’ai appris à décrypter ton sourire lorsque je te dit que j’arrive pour jouer avec toi.

Avec toi, simplement, sans moule préconçue, j’ai réappris à vivre. Simplement. Sans superflu de quelque sorte que ce soit (ni sentimental ni matériel). J’ai redécouvert ce que pouvait être des joies simples avec toi à mes côtés.

Je regrette sincèrement n’avoir pas compris ça plutôt, n’avoir pas vu que tout n’était qu’apparence et matériel auparavant, mais si je devais te faire une promesse aujourd’hui, c’est que ce ne sera plus le cas désormais. Je t’apprendrais à vivre comme tu le décide, sans subir les idées et stéréotypes (qu’ils soient « amis » ou de la société). Je t’apprendrais à aimer sans retour, sans détour. J’essayerais toujours de mettre de la magie dans des yeux. Pour ne jamais ressembler à ces personnes trop terre à terre, qui te dit que les essuies glaces ne sont pas magiques, que rien n’est magique.

Je t’apprendrais que tout peux devenir magie, que tout dépend ta manière de voir, selon si tu regardes avec tes yeux ou avec ton cœur.

4 réflexions au sujet de “Le bonheur

  1. J’ai aimé d’avantage ma fille et pris d’avantage soin d’elle et de son épanouissement à la reprise du travail après mon congés maternité que j’avais prolongé par des congés. Soyons épanouies pour voir nos enfants s’épanouir. Ils sont à jamais liées à nous par ce cordon invisible!

Et toi, tu en penses quoi ? :)